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Lors des Assises de l’Essonne du 29 novembre 2017, Dominique Fontenaille, maire de Villebon et conseiller départemental, a été chargé par le président du Département, François Durovray, de restituer les travaux de l’atelier consacré à la proximité. Retrouvez son intervention en intégralité :

La proximité fait partie des 5 thématiques choisies par le président Durovray pour réfléchir à l’Essonne de demain.

Pourquoi ?

L’ambition en matière de proximité, c’est de faire en sorte que chaque Essonnien se sente demain plus proche de ses compatriotes, qu’il s’approprie de ce fait le territoire sur lequel il vit. Et chacun sait que cette ambition est plus difficile à porter chez nous en Essonne que dans un département de province, où les racines sont plus évidentes.

Pour porter cette ambition, le Département n’est bien en entendu pas seul. Mais il a son rôle à jouer, son rôle de stratège et de pilote d’un certain nombre de politiques qui sont en capacité de faire évoluer notre quotidien.

Le temps pour traiter devant vous cette thématique m’est très contraint, c’est pourquoi je vous propose de zoomer sur deux des aspects que nous avons travaillés avec nos experts dans l’Atelier : il s’agit de la mobilité, puis de la proximité relationnelle à travers l’habitat et les services.

Et j’en profite à cet instant pour remercier celles et ceux qui ont contribué à la haute tenue de cet atelier, les experts comme les agents du Conseil départemental.

La mobilité en Essonne

Quel est l’état des lieux si l’on parle de mobilité en Essonne ?

Elle a, comme partout connu trois âges :

  • Le premier âge, ce fut le développement massif des transports publics au début du XXe siècle : en ce temps-là, Paris comptait 1 000 km de tramway… pour 150 km aujourd’hui.
  • Avec les années 1950 est arrivé le tout-voiture, et cette ère a encore de beaux restes n’est-ce pas ?
  • Le XXIe siècle semble devenir celui des agilités, des modes diversifiés.

Dès lors, comment peut-on imaginer préparer l’avenir en matière de mobilité ?

6 scenarii sont envisageables :

  • Le premier c’est tout simplement le statuquo. On se contenterait de construire des offres nouvelles, identiques aux modes existants. C’est-à-dire qu’on élaborerait aujourd’hui des solutions qui mettront 20 ans à se mettre en œuvre mais qui ne répondront peut-être plus aux attentes de la prochaine génération. Sommes-nous sûrs de ne pas être parfois dans cette spirale, en matière de chantiers routiers par exemple ?
  • Le deuxième scénario, c’est le modèle d’optimisation qui s’est développé depuis une quinzaine d’années avec l’apparition des GPS : on facilite l’utilisation de l’offre existante.
  • Le troisième scénario, c’est le modèle des plateformes, du type BlaBlaCar. Lesquelles plateformes ont cependant bien du mal à trouver leur modèle économique en Ile-de-France en raison du faible kilométrage des trajets.
  • Le quatrième scénario, c’est la mobilité de services, par exemple les interfaces d’accès aux modes de transport telles qu’on les trouve en Europe du Nord. Elles sont encore très peu développées en Essonne et en France en général.
  • Le cinquième scénario, c’est la dé-mobilité : on se déplacerait moins grâce à l’utilisation du télétravail ou de la télémédecine et de toutes les activités à distance grâce au numérique.
  • Le dernier scénario, mais non le moindre, réside dans l’urbanisme de proximité : imaginer la métropole du ¼ heure.

Au cours des décennies passées, on a privilégié tel ou tel mode de mobilité.

Demain, les 6 modèles vont se combiner.

C’est vrai qu’on aura encore longtemps besoin des transports de masse :  en Essonne, un trajet sur deux qui s’effectue en transport collectif se fait vers Paris et sa première couronne.

Mais à plus long terme, le numérique viendra minorer ou réaménager une bonne partie de nos déplacements contraints. Demain, à titre d’exemple, le télétravail devrait couvrir 25 % de nos activités, et ce dès 2025.

Le numérique viendra aussi modifier profondément notre rapport au véhicule personnel : si aujourd’hui en Ile-de-France, chaque voiture transporte 1,06 personne sur le trajet domicile-travail, demain le véhicule autonome nous fera passer de l’individuel au partage. On lui concède un potentiel de réduction de 85 % du parc automobile.

Les impacts devraient être importants en matière de sécurité routière quand on sait qu’une baisse de 1% du trafic génère un gain de 20 % en matière d’accidentologie.

Les impacts devraient être aussi importants en matière environnementale puisque la voiture génère encore 56% de la pollution liée aux transports.

Alors quelles actions le Département pourrait-il d’ores et déjà envisager pour accompagner ces évolutions ?

Deux pistes parmi toutes celles qui ont été évoquées dans notre Atelier.

La première piste est de contribuer à l’émergence d’une vraie gouvernance des mobilités, une gouvernance unique, même si elle est partagée. Parce que partout où des politiques de mobilité ont été réussies, c’est que la gouvernance a bien fonctionné.

En effet :

  • Qui est aujourd’hui le décideur en matière de modes diversifiés des mobilités en Essonne ?
  • Qui peut permettre et encourager des expérimentations locales, et les partager ensuite ?
  • Qui a une influence sur les horaires de travail des entreprises, lorsqu’on sait que tous les investissements lourds sont réalisés pour pallier les pics de circulation du matin et du soir ?

La seconde piste consiste à penser notre aménagement en incluant les problématiques de mobilité et la diversité des solutions de demain :

  • Il s’agit par exemple de repenser le partage des routes : pourquoi construire des Transports en Commun en Site Propre (TCSP) qui refusent encore l’accès aux deux-roues ?
  • Il s’agit aussi de repenser le maillage des circulations des piétons et des deux roues en veillant à établir et respecter des critères de sécurité pour que chacun y ait sa place.
  • Il s’agit aussi de mettre en œuvre des encouragements au covoiturage en autorisant sa circulation sur des voies réservées et en lui assurant la gratuité des parkings.
  • Il s’agit de prévoir dès à présent le maillage en alimentation électrique pour préparer l’arrivée des véhicules de demain.
  • Il s’agit aussi de soutenir la création de postes de travail, par exemple en coworking, à proximité immédiate des zones d’habitat chaque fois que c’est possible.

En conclusion, comme vous avez pu le constater à travers ces quelques pistes, l’Atelier a pointé que la mobilité demain devra faire l’objet d’une vraie gouvernance, qu’elle sera diversifiée et qu’elle sera partagée, en grande partie grâce au numérique.

La proximité relationnelle à travers l’habitat et les services

Notre Atelier s’est également penché sur la notion de proximité relationnelle. Nous nous sommes plus particulièrement penchés sur les conditions d’habitat et de services qui pourraient l’encourager.

Les Essonniens, notamment les plus jeunes, bougent beaucoup en Ile-de-France et au-delà. Beaucoup de jeunes quittent le département sitôt après leurs études. Ils resteront demain en Essonne d’abord s’ils s’y sentent bien.

Et ce n’est pas qu’une question de niveau d’équipements culturels ou sportifs, ce n’est pas même qu’une question d’emploi, même si ces sujets ont bien entendu leur importance dans une vie de qualité.

Mais au-delà de tous ces critères, les Essonniens aimeront leur lieu de vie s’il est pour eux un lieu de relations humaines riches et durables.

Nous avons lancé ici aussi quelques pistes de projets auxquels le Département pourrait prendre sa part, avec tous ses partenaires :

  • Il s’agirait de porter un regard nouveau sur les habitants, en leur proposant de coconstruire leurs projets plutôt que d’être des consommateurs de services.
  • Il s’agirait de recréer dans nos villes des lieux où nos habitants se rencontrent, par exemple redécouvrir l’utilité sociale du commerce de proximité et de l’artisanat local, les considérer comme des créateurs de lien et plus seulement comme des vendeurs ou des fabricants. L’un de nous a parlé de recréer des villages dans nos villes.
  • Il s’agirait de favoriser la création d’évènements culturels, sportifs ou de loisirs dans lesquels nos habitants pourraient s’impliquer et pas simplement participer.
  • Il s’agirait d’encourager chaque fois que possible le bénévolat, le troc de compétences même s’il fallait pour cela réduire telle ou telle prestation livrée toute achevée.

En conclusion, nous recommandons d’encourager le faire-ensemble pour faciliter le vivre-ensemble.

Si je devais apporter une conclusion générale à notre atelier, je dirais que la notion qui a été transversale à nos réflexions a été la notion de partage :

  • Le partage des moyens de mobilité pour réduire les nuisances des déplacements et favoriser le lien social.
  • Le partage de la ville pour que chacun s’y trouve bien avec les autres.
  • Le partage des talents pour que l’émergence de nouveaux services rapproche les Essonniens les uns des autres.

La proximité, c’est un art de vivre ensemble qui est l’aboutissement d’une démarche de partage.

Crédit photo : Alexis Harnichard, 29 novembre 2017